J.-B. Guillemet

La Plage de Villerville
Jean-Baptiste Antoine GUILLEMET, 1876

Musée des Beaux-Arts de Caen.


SOMMAIRE


INTRODUCTION

La magie d’un miroir sans bord.

J’ai choisi d’étudier ce tableau de Jean-Baptiste Antoine Guillemet car il m’émeut profondément, positivement et négativement et parce que le littoral normand représenté est un des rares lieux où encore aujourd’hui, l’agitation des hommes s’interrompt brusquement pour laisser la nature passer devant le regard.

Le littoral est non seulement un territoire mais aussi un patrimoine. Un bouillon de culture, un lieu de vie intense, biologiquement et culturellement.
De la même façon qu’il n’existe pas de frontière bien définie entre nature et culture, un territoire n’est pas seulement un morceau de nature à l’état pur (minéraux, végétaux, animaux, …). Il est tout cela à la fois mais aussi un espace de mémoire, d’histoire et de culture.

Miroir du monde où se mêlent dans un ordre fascinant les sédiments millénaires et les dépôts éphémères, les microcosmes du littoral normand ont tous en quelque sorte les vertus des resserrements de l’art, où les valeurs des traits et des matières sont reconnues à l’essentiel. Les plus grands peintres les ont fréquentés et admirés. Avant les autres, ils ont donné le ton et mis en évidence les modèles de falaises, de ports et de plages, entre matière brute et lignes épurées, activité et foisonnement, plaisir du jeu et repos.

Ainsi la côte normande développe-t-elle tout une gamme de lieux exceptionnels, par la qualité de leurs formes, de leurs matières et de leurs lumières, mais surtout par l’usage qu’il en a été fait au cours d’un siècle d’inventions, d’innovations, de développement dans la société et dans l’économie, aussi bien que dans l’art.
Nostalgie de la nature. Bourgeois satisfaits, mondains futiles, foules populaires. Hommes et femmes en quête de bonheur. Toutes les tonalités d’une nouvelle manière de vivre.

Dans un premier temps, nous tenterons de mieux connaître l’auteur, le contexte artistique et l’importance de la plage dans la naissance de cette œuvre. Nous dresserons ensuite une étude de cette peinture et ferons la lumière sur la perception du littoral par l’artiste et ses connotations romantiques. Puis nous reviendrons plus précisément sur le contexte historique de la peinture littorale normande. Enfin, nous essaierons d’identifier les principaux lieux de la côte marine et d’où provient notre attrait, notre fascination pour le rivage.


ETUDE DE L’ŒUVRE

JEAN-BAPTISTE ANTOINE GUILLEMET, LE PEINTRE

Rappels biographiques

Jean Baptiste Antoine Guillemet, né à Chantilly le 30 juin 1841 et mort en Dordogne en 1918, est un peintre paysagiste français de style impressionniste. Ami de Monet et habitué de la Côte normande, il reçoit ses premiers conseils de Corot et de Daubigny. , Il est très lié à toute la « bande » des peintres indépendants : il a rencontré Courbet, Monet et Pissarro à l’atelier Suisse ; il à fondé en 1861 avec Manet et Stevens le Courrier artistique, qui se veut le journal de l’Art nouveau ; il a présenté Manet à Zola et entretient avec l’écrivain une abondante correspondance qui contribuera à nourrir l’Oeuvre (1886), le grand roman de l’Impressionnisme.
En 1863, il est à Villerville, « ayant après Daubigny découvert ce trou à moules », il y revient tous les étés, sensible à la lumière tamisée de cette partie de la côte. C’est lui qui fera connaître Cézanne à Manet et qui les inspirera grace à sa peinture. Edouard Manet fait meme figurer Antoine Guillemet dans son célèbre tableau “Le Balcon”. Nombre de ses oeuvres seront présentées au différentes expositions du Salon à Paris malgré son esprit révolutionnaire. Les deux grands “amours picturaux” du peintre resteront à travers son oeuvre, des paysages de ville (notamment Paris) et de la côte normande.

A propos de l’impressionnisme

Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, l’impressionnisme développe l’appropriation physique de la nature et de soi.

Les peintres vont alors poursuivre et renverser le classicisme des agencements dont avaient largement usé les romantiques en modulant la couleur à partir du noir et accentuant le processus narratif. On adopte une palette ou progressivement disparaissent les modelages bitumeux, avec une volonté d’égalité de traitement entre figures, paysages et objets de la vie. Ceci traduit bien l’effacement qui est en train de se produire entre nature humaine, physique et topographique.
On cesse de discerner les formes conductrices pour adopter une coloration brute, perceptuelle, sans dessin, destinée à révéler par la lumière les différents états de la matière.

La libération du processus plastique s’affirme grâce aux observations positives des paysagistes anglais tels que Turner ou Bonington par exemple, dans un désir de rendre la justesse des éléments en mouvement, la réalité dépouillée de ses attraits pittoresques, vraie dans sa perception mais imaginaire dans sa conception plastique.
L’image symbolique, la séquence littéraire ou le motif pittoresque sont dans tous les cas réduits à l’immédiateté de la vision.

L’attrait pour le littoral normand commence même avant l’impressionnisme, dés les années 1820 avec les esquisses peintes de Corot ou Bonington par exemple. Comme Daubigny, beaucoup d’artistes choisissent des sites pas encore envahis par l’homme.
Au contraire, dans les années 1860, alors que la peinture marine est en déclin, d’autres peintres se consacrent et rendent populaires les thèmes de vacances à la mode au bord de mer. On observe cependant des nuances. Par exemple, alors qu’Isabey s’attache à montrer l’homme au milieu du drame des éléments, Boudin traduit un aspect plus lumineux, plus artificiel.
Aux débuts de l’impressionnisme, dans les années 1860-1870, la plage moderne domine chez Manet ou Monet. Ils s’attachent à rendre compte de la juxtaposition entre deux mondes, voire deux époques, que l’on pourrait caricaturer comme « pêcheurs » et « touristes ».
Cependant, on délaisse assez vite cette vie « moderne ». Dans les années 1880, Monet retourne même quelques décennies en arrière, en ôtant de ses paysages toute trace d’activité humaine, pour se concentrer sur les effets de lumières et climatiques de la côte.

D’une certaine manière, la Normandie privilégie l’expression de cette révolution riche en origines. Après les paysagistes anglais, ce sont des peintres comme Isabey, Huet, Corot, Boudin ou encore Monet qui délaissent la beauté canonique pour privilégier l’atmosphère, le caractère, le miroir de soi. Les peintres imaginent leurs sujets dans la réalité et se projettent corporellement dans leurs peinture.

Qu’est-ce que la plage ?

Les plages forment la plus majorité du littoral de la Normandie.
Partie du littoral découvrant entre le niveau de pleine mer de vive eau et celui de basse mer de vive eau, la plage d’un point de vue scientifique, en géomorphologie, est plus précisément nommée estran.

Ce lieu est un des grands sujets des peintres en Normandie, d’une part car il est très humanisé avec ses pêcheurs, ramasseurs, promeneurs et baigneurs avec le développement du tourisme ; et d’autre part, car les estrans normands déploient un triple attrait.
Les plages sont immenses et semblent ne pas avoir de limite. Ceci est dû aux très faibles pentes et aux très forts marnages (l’exemple parfait étant la baie du Mont Saint-Michel). Les plages normandes découvrent donc d’immenses espaces, fascinants parce qu’ils semblent échapper à toute description ordinaire.
Ces zones sont ici des espaces aux limites incertaines et aux lignes fuyantes. Vers la mer, tout se confond de loin, d’autant que le sable mouillé prolonge naturellement la vague amortie. Vers la terre, le relief est rarement très enlevé (dunes ou falaises mortes de faibles ampleur). La juxtaposition plages-falaises peut se produire (à Etretat par exemple), mais elle reste très rare sur le littoral normand. Ailleurs, toutes les formes sont atténuées, réduites à l’esquisse pour ne laisser en place qu’un vaste plan horizontal presque confondu avec la mer.
Enfin, ce sont des espaces vivants, chatoyants dans toutes les nuances. Malgré leur apparente platitude, les plages normandes échappent à la monotonie d’une part grâce à leur constitution géographique ou géologique, mais aussi grâce à tout un ensemble de micro-reliefs qui les parcourent (rides, légères retenues d’eau, chenaux de ruissellement, enrochements, …). C’est aussi sans compter tout l’éco-système et la vie qui y grouille.

Pourquoi le choix de la plage chez Guillemet ?

La plage a souvent été pour l’artiste et l’homme en général un lieu d’où l’on part nostalgique, comme un souvenir d’enfance perdue. Un paysage qui se lit au passé en quelque sorte, saisi dans l’inertie des choses, la richesse des matières figées, les grandes horizontales en dominantes comme des lignes de fuite, quelques masses dressées comme des reproches, des tonalités brunes, ouatées, atténuées, dans l’oubli progressif des regards.

Guillemet n’a pas été exclusivement qu’un peintre marin. Mais dans une lettre à Emile Zola du 6 Octobre 1876, alors qu’il réside dans le centre de la France, il montre bien sa préférence :
« Décidément, le midi n’est pas fait pour la peinture, de paysage surtout. Le vert et le bleu sont des ennemis par trop irréconciliables et tous deux abondent dans la vallée d’Aix. Il y a trop de soleil, de lumière partour, ce qui fait le manque de charmes sans lesquels il n’y a pas d’oeuvre d’art. Tout est tellement éclairci qu’il n’y a plus d’opposition… ».

Guillemet se refuse à produire une peinture bâclée dans un atelier ou à reproduire les éternelles allées dans lesquelles, non loin d’une source, le soleil pleut en parcimonieuses gouttes dans des feuillages clairs. Il cherche l’impression, en plein jour, en plein air. Il aime profondément ce pays de la terre et de la mer, qu’il la quitte, qu’il y revienne ou qu’il y reste.
Il y revient encore et toujours vers ces espaces aux vastes respirations, aux odeurs d’iode et de grande marée, ce lieu des méditations solitaires, avec la fidélité du vieil amant.


QUE VOIT-ON ?

« La plage de Villerville » de Jean-Baptiste Antoine Guillemet peut être divisée horizontalement en deux grandes parties.
En haut, un amas compact de nuages en nuances de gris recouvre le ciel. Au-dessus des habitations, les nuages sont plus clairs.
En bas, on peut distinguer à nouveau trois grands éléments : à droite, un cordon dunaire irrégulier soumis à l’érosion de la mer ; au centre l’estran (ou la plage) ; et à gauche la mer.

La basse falaise est le support de quelques maisons aux toits de tuiles et d’ardoises. Les clôtures laissent deviner des champs qui les entourent. De l’herbe et de la végétation sauvage s’avancent jusqu’à la ligne de crête. Cependant à cette limite, seuls persistent cailloux et rochers, formant un éboulis friable et chaotique.

Au premier plan, les rides de la plage forment de légères retenues d’eau, de faibles ruissellements qui marquent le retrait de la mer. En allant vers l’horizon, on remarque quelques pics de bois plantés dans le sable. On aperçoit également deux silhouettes humaines marchant côte à côte, s’avançant vers le premier plan, vêtues d’un bas et d’un couvre-chef blancs et d’un haut plus foncé. Leur image se reflète sur le sol mouillé.

Enfin, à gauche, marquant la limite entre le ciel et la terre, la mer, dans un camaïeu de bleu et de vert, où se démarque l’écume blanche des vagues. En regardant plus attentivement, on distingue à l’horizon deux voiles de bateau qui naviguent sur l’étendue d’eau.


QUE RESSENT-ON ?

Interprétations par rapport à l’étude objective

La masse nuageuse semble extrêmement inquiétante. Chargée d’orage, elle laisse présager d’une ondée imminente s’avançant vers les terres. On ressent presque déjà les premières gouttes emmenées par le vent depuis la mer. Guillemet nous laisse éprouver le malaise d’un chaos à venir, d’un point de vue assez troublant, sur une plage où 70 ans plus tard l’eau se fera sang lors du débarquement.

Les principales lignes de construction et lignes de fuite de l’œuvre convergent en un seul et même point : les deux silhouettes de promeneurs ou ramasseurs. Leur taille dans ce paysage est si petite que la force brute des éléments environnants semble totalement échapper au contrôle de l’homme au sens large. Dans un élan affamé, la dune rocailleuse se rue sur les silhouettes, suivie par un serpent aquatique formé par les ruissellements dans le sable. Tel un monstre qui s’apprête à dévorer sa proie sans défense, la terre peut paraître indomptable et hostile. Cette terre serait alors le reflet de la mer au travers de « l’homme-miroir ». Plus encore que la mer, c’est l’écume salée qui entre dans la peinture, emportée par le courant et le vent, venant fouetter le sable et lécher les pieds des marcheurs, telles des tentacules insaisissables prêtes à les déstabiliser. Ici l’artiste donne à cette étendue d’eau gorgée d’angoisse et d’appréhension, une place très peu importante, comme si sa simple présence en « filigrane » servait à évoquer les images effrayantes qu’elle suscite. Nous développerons cet aspect ancré dans la mémoire collective plus loin.

Cependant, la terre est également ici le lieu où l’homme s’est développé, là où il a bâti son habitation. Néanmoins, on ne peut dire si c’est le désert de sable inhospitalier qui ronge la main de l’homme, ou bien si ce sont ses doigts, symbolisés par la verdure, qui s’allongent vers le rivage.

Quoi qu’il en soit, du point de vue du spectateur, les constructions humaines sont à peine visibles, cachées voire recouvertes par la végétation, comme si la domination de l’homme sur la nature n’était pas encore ici un fait avéré.

On peut voir l’œuvre sous un aspect plus religieux. Des quelques toits qui surplombent la dune émerge un clocher. De ce point, le ciel semble s’ouvrir. Tel Moïse se frayant un passage dans la mer, un souffle divin paraît traverser la grisaille et venir caresser l’homme, le sauver, le protéger du déluge à venir.

La présence humaine est donc dans l’œuvre très minime. Tout ce qui n’est pas essentiel et pourrait distraire de l’impact de la nature est presque totalement rigoureusement éliminé. Néanmoins, la présence des silhouettes sur ce trottoir marin comme des promeneurs et des voiles à l’horizon peut être perçu comme un clin d’œil de l’artiste à ces confrères de l’époque, qui a l’est de l’Orne se sont laissé séduire par la mondanité et la popularité des grandes villes côtières comme Deauville, Trouville, … Nous détaillerons plus loin ce phénomène social et artistique.

Ici ne cherche pas à imiter la nature comme on mime la vérité, mais plutôt à saisir la nature comme une réserve de vérité singulière. On sent presque les embruns salés sur le visage. Il préserve la vigueur de son coup de pinceau tout en accordant un soin particulier au plus petit détail, juxtaposant grandeur et fragilité, vérité cachée et chaos imminent, dans un rapport de dualité homme-nature digne des grandes heures romantiques.

Simplicité de l’approche, immédiateté perceptible dans le cadrage, le tableau transmet le sentiment originel dont il est pénétré. Fluidités distinctes ou confondues, ouatées ou soulignées, tantôt attiré par le vide et le fluide, tantôt par le brut et le dense, à l’image de Corot, Guillemet joue entre l’eau l’air et la lumière et imprègne son œuvre d’un sentiment de pureté du monde.

Le littoral pour l’artiste

Toutes les formes, tous les sujets, tous les acteurs se trouvent rassemblés dans le littoral : grandes villes en développement, ports, navires, marins et pêcheurs, plages, foules populaires, élégances bourgeoises, promenades et balcons champêtres.
La vie telle qu’elle se vit, et son propre spectacle en direct, avec un soupçon de nostalgie.
La vérité des forces physiques offre autant de supports de méditation : densités, plénitudes, vides et déchirements.

Pour l’artiste, le littoral est le lieu où il peut fixer en un instant le rivage pour l’éternité. Il se laisse envahir par l’émotion et l’affect, au point de projeter dans l’élection de son regard l’imaginaire plutôt que le mime.
Car il ne s’agit pas reproduire le plus fidèlement possible. Le peintre rêve son sujet au point d’en oublier la réalité, il le recouvre d’esprit jusqu’à ce que la terre, l’eau et le vent regorgent de sens.

L’art a pour fonction de détruire les anciens modèles, de briser certains schémas d’interprétation et d’en fournir de nouveaux. L’art est rupture de sens. Mais il a aussi pour fonction de donner du sens. Le littoral comme être vivant, l’artiste n’a pas pour rôle de lui conférer une réalité géographique, politique ou administrative, il lui insuffle une identité, un supplément d’âme, la vie.
L’identité du littoral, écologique et biologique, s’enrichit alors d’une certaine façon grâce à l’artiste

D’un certain point de vue, l’artiste est aussi important que l’homme de sciences. Au biologiste ou au physicien pourrait correspondre peintre ou poète. Ils sont complémentaires. L’art se nourrit des nouvelles visions scientifiques. Il s’en écarte ensuite pour aller plus loin, les transformer, pour de nouveau les rejoindre.
Art et sciences entretiennent ensemble un dialogue interminable où la science serait en quelque sorte le savoir de l’homme et l’artiste son miroir.
L’Être ne peut donc se passer ni de l’un ni de l’autre, ni de la connaissance, ni de l’existence.

Si Dieu a créé le monde, le ciel et la terre ( et la mer), l’artiste dispose de ce pouvoir divin d’être également un créateur par son regard, son geste, sa voix. Il interprète, découvre, révèle, invente, façonne, crée… Il n’est pas impossible que le littoral soit en train de naître ou de renaître à travers le regard de l’artiste.
Un littoral où le peintre est face à son modèle et chacun face à sa propre vie. Une quête de violence ou de paix.

Aspect romantique

Avec le Romantisme au XIXème siècle en Europe, le paysage trouve une nouvelle place. On développe un véritable culte de la nature, un art personnel et suggestif. Dans cette volonté de rompre avec le conventionnel, on recherche un nouveau langage qui abolirait les barrières entre les domaines artistiques (musique, poésie, danse, peinture, ...). On cherche de nouveaux moyens pour s’exprimer directement avec et sur les sens.

Le coup de pinceau de Guillemet rend ses sujets hors du temps : ciel, mer, vent, … Son approche de la nature est très comparable à celle des paysagistes anglais comme Constable. Jean-Baptiste Antoine Guillemet a bien compris la mélancolie du paysage, la grandeur de la pénétrante tristesse qui tombe des cieux voilés et des temps gris. Ainsi, bien plus qu’une simple transcription de la réalité, Guillemet reprend ici une certaine tragédie du paysage.

Le territoire immense et presque vide où se situe le spectateur dans la toile semble le submerger par la contemplation, l’admiration d’un au-delà, d’une vérité cachée, l’infini de la nature. Cette faiblesse de l’individu transparaît par le souffle du vent qui courbe les silhouettes et par l’isolement de celles-ci, la petitesse et la solitude face à l’immensité qui les entoure. D’une certaine manière on pourrait voir là un désir d’évasion, de rêve, d’élévation du sentiment infiniment profond et sublime.

Si l’on reprend l’aspect religieux évoqué précédemment, l’artiste semble symboliser un des thèmes récurrents des romantiques, la transcendance, grâce à cette lumière qui semble venir de derrière les nuages, du fond du tableau de sorte qu’elle semble à la fois dans le tableau et au-delà. En utilisant le sombre pour évoquer la tristesse, les erreurs, les échecs, le peintre utilise un symbole si familier qu’il est complètement intériorisé et semble échapper à la convention.
Pour rejoindre Dieu, on pourrait supposer que l’homme doive traverser cette mer de brumes épaisse (ou d’écume) hérissée de gouffres dangereux, représentant les erreurs désormais dépassées de la vie terrestre.

Les rochers en éboulement et les piquets de bois plantés dans le sable comme vestiges d’un éventuel muret pour protéger la falaise ou ancien support d’amarrage pour les embarcations à marée haute, renvoient à un autre thème romantique, celui de la ruine. La preuve que le domaine que l’homme s’était approprié a été érodé et reconquis. Le cuisant échec de l’individu sur la nature.

Ce paysage possède une forte connotation spirituelle. Le relatif dépouillement de l’œuvre développe l’impression que ce tableau n’est que pure idée, pure émotion en éliminant tout le pittoresque.
Grâce à l’exactitude et à la finesse avec laquelle est posée la peinture, l’artiste met en avant dans ce décor intemporel, austère (voire hostile) le contraste des matières. Il évoque les dilemmes qui déchirent le romantique en rapprochant le ciel avec les personnages, le paysage de l’extérieur et de l’intérieur. Cette mise en rapport des contraires marque la rupture de l’espace, le vertige au-dessus de l’abîme. Le peintre cherche cette juxtaposition , cette isolation des motifs, tout en gardant une correspondance entre les formes, métaphores visuelles suggérant de multiples lectures de la représentation.

En quelque sorte, « l’épuration » de l’oeuvre renvoie à l’idée que l’homme se perd dans la contemplation, il perd son identité. Et cette manière de laisser parler la nature peut conduire à interpréter ce paysage et la traversée à venir comme moyen d’atteindre l’intériorité, cette âme, ce Moi. La nature ne serait alors que la partie visible de la création.
Guillemet se ferait alors romantique, en tant que génie, capable de faire le lien entre les différents niveaux de réalités évoqués ci-dessus.


LE LITTORAL NORMAND

LA NORMANDIE

Position géographique

La Normandie bénéficie d’une double proximité et joue en quelque sorte le rôle de médiateur entre l’Angleterre et Paris.
Bien qu’avec l’avènement des transports (routes, chemins de fer, autoroutes), la région perde de ce privilège de liaison, elle reste bien plus que le premier espace de liberté à proximité de Paris.
L’ouest de la Normandie n’a épousé le siècle de la peinture en Normandie que pour mieux s’en détacher, dans un refus de toute mode, de toute frivolité, allant à l’essentiel des plaisirs refusés, des distances prises avec le monde en mouvement, par la grâce des beautés solitaires et cachées des pays de naissance ou de départ.

Juxtaposition de classes sociales et ruée vers la côte

On a tendance aujourd’hui à regarder les tableaux du XIXème siècle comme des curiosités du passé, avec l’apparitions nouvelle de constructions, de ports de plaisance, de stations balnéaires, d’enclaves industrielles et commerciales, avec ses modes et ses crises, qui représentent presque de nos jours une certaine banalité de notre environnement.

Deux cultures se juxtaposent et se mélangent parfois, mais toujours avec une opposition de tonalités. L’une très provinciale et l’autre plus inspirée de Paris.

D’un côté la tradition, avec de solides fortunes de terroir le long du littoral Normand, par exemple Caen, que l’on surnommait au XIXème siècle « Athènes en Normandie ». Capitale de province et de région, ses avocats, ses clercs, ses notaires et ses activités industrielles renouvelées (métallurgie puis électronique) entre autres lui ont valu ce surnom. Ce ne sont pas les grands maîtres qui y viennent, mais plutôt les meilleurs talents de la région, connaisseurs de l’intimité des choses plus que visiteurs d’une saison.

D’un autre côté, la « mode », plus à l’Est de l’Orne, avec des villes dont le nom se suffit à lui-même : Cabourg, Houlgate, Deauville, Trouville, … Villes qui depuis plus d’un siècle et demi ont vu défiler les plus grandes célébrités, écrivains et peintres. Certains artistes s’y perdent pour ne plus être que des portraitistes de la mondanité. On y vient essentiellement de Paris. Ici la nature compte assez peu. Ici le relief se fait ombrelles, parasols, voiles multicolores, villas et palaces. Là où l’activité est artifice, célébrité, casinos, régates, courses et fêtes. Un goût pour la mode, l’élégance, la joie, l’éphémère, l’instant.

Du XIXème siècle à la Seconde Guerre Mondiale, le littoral normand est devenu un espace de mélange social et de juxtapositions multiples.
Avec le développement du tourisme, les lieux d’abord bourgeois deviennent petit à petit familiaux et populaires.

Les zones considérées comme des décharges ou des endroits déserts deviennent recherchés pour la vue qu’ils offrent sur la mer.
Ainsi se développent des valeurs esthétiques nouvelles, grâce à une autre représentation de sensibilité collective dû à la fréquentation des peintres, des journalistes, des romanciers et plus tard des cinéastes. C’est aussi l’évolution des valeurs culturelles avec le développement du littoral en tant que nouveau lieu de vie avec ses propres habitudes et comportements.

Entre 1750 et 1840 s’éveille un désir collectif du littoral.
L’homme se découvre en se confrontant aux éléments ou tout simplement en jouissant de l’éclat et de la transparence de l’eau.
On observe aussi ce que l’on pourrait appeler la ruée des curistes, qui viennent à la mer pour lutter contre la mélancolie, contre le spleen et calmer les anxiétés des grandes villes en développement. Les médecins prescrivent ce voyage à la mer comme un remède, en dressant le portrait de la plage idéale, pittoresque et ventant les vertus de l’air iodé et vivifiant.

Sur les bords de mer, le sujet moderne vient se découvrir, faire l’expérience de ses limites. L’adulte y vient aussi pour oublier sa vie de stress et jouir de la régression dans l’enfance en jouant avec le sable ou en ramassant des coquillages dans une chasse au trésor imaginaire. La proximité de la ligne d’irruption de la vie stimule les plus improbables quêtes ambulatoires.

Avec la démocratisation de la côte, la banalisation excessive du pittoresque entraîne une dégradation de l’image du littoral. L’installation de bancs, de belvédères incite à la contemplation admirative, où le touriste s’oblige à disséquer ses impressions afin de stimuler ou de mieux maîtriser ses émotions.

Désormais c’est le spectateur qui constitue la mesure du rivage. On n’y vient plus pour admirer les bornes posées par Dieu mais en quête de soi, pour s’y découvrir ou s’y retrouver.

La côte normande devient un grand amalgame social d’où naît l’alchimie artistique.


LES LIEUX

Mer, Terre

La mer et la terre sont deux éléments naturels à part entière, deux forces cosmiques difficiles à dompter, opposées et complémentaires depuis toujours.

Formidable masse d’eau qui borde les continents, qui enveloppe la terre, la mer est une masse en mouvement perpétuel, aux couleurs imprévisibles, un lieu mystérieux et terrifiant que l’homme côtoie sans jamais l’habiter.

Combinés aux montagnes, aux plaines, aux forêts et aux clairières et plus généralement à ce que l’on nomme communément la terre ferme, ces deux protagonistes antagonistes donnent naissance au rivage.

Rivage, territoire ambigu

Ligne de contact. Lisière. Frange. Ligne de démarcation. Point de rencontre. Baiser. Epousailles entre terre et mer. Zone d’attouchements, d’effleurements où les souffles se mêlent. Ligne magique, mouvante qui se déplace au gré des éléments. Zone de contact. Zone d’échanges. Milieu riche et fragile. Lieu de passage, de nidification. Mosaïque de milieux soumis aux influences conjuguées des eaux douces et salées…

Autant de descriptifs qui montrent que le rivage est un concept bien plus complexe qu’un simple territoire.

La définition imprécise de « bande de terre qui borde une étendue d’eau… partie de la terre soumise à l’action des vagues » vient du fait que le rivage n’est pas fixe. Il avance puis recule inlassablement.
C’est cette zone de contact où les influences de la terre et de la mer s’interpénètrent. Tout n’est donc qu’une question de point de vue. En mer, ce sont les zones proches de la terre ferme, à terre ce sont les zones sous influences marines.
On comprend donc la difficulté de cartographier le littoral. Surtout au niveau des reliefs plats comme les plages. Car si le relief est accidenté (falaises par exemple), la frontière est la ligne de crête.

Pour les géographes il s’agit du littoral, un territoire qui n’est pas tout à fait la mer, pas tout à fait la terre, plus large et plus dense que le rivage. Il n’en reste pas moins aussi ambigu. Le littoral ne connaît pas de limites administratives bien définies.

La quantité de mer et de terre désignée dépend de la région et de l’instrument de mesure utilisé. Le scientifique invente le concept de « littoral » pour mieux cerner la réalité géographique, humaine, sociale et économique. Ainsi tout le monde sait où se trouve le littoral, sans que personne ne sache tout à fait en quoi il consiste, où il commence, où il s’arrête.
Le Conservatoire du Littoral, créé en 1975, se veut protecteur de l’espace littoral et des rivages lacustres. On notera donc que selon la loi, le littoral désigne le bord de mer, alors que le rivage est réservé aux lacs. Ces limites terre-mer sont donc à n’en pas douter une nouvelle fois source d’imprécisions et d’ambiguïté. On remarque également que cette institution ne comprend dans son « littoral » que ce qui est au sec. Elle n’a aucune autorité sur la mer ou sur la plage. D’un point de vue législatif, l’estran (ou la plage), défini par Colbert comme la zone couverte et découverte par le flux des plus hautes marée d’équinoxes, appartient plus au domaine maritime qu’au domaine terrestre.
Dans la culture antique, attentive aux figures de la limite, les Grecs et leur expérience de la navigation affirmeront que c’est principalement la mer qui dessine la terre et lui donne sa forme.

Le littoral est un enjeu majeur de l’aménagement du territoire et une préoccupation permanente pour les responsables politiques, tant au niveau de la préservation de l’écosystème et de l’étude des phénomènes climatiques, qu’au niveau des relations commerciales et économiques. Mais au point de rencontre entre eau, terre et air, l’environnement est trop souvent menacé par les débordements de la vie moderne.

D’un point de vue religieux, selon la Bible, il existe deux grandes étendues d’eau, celle qui occupe le bassin des mers et celle qui se tient dans la voûte céleste. Le Créateur en les séparant a dessiné une double ligne de partage : le littoral, qui définit les domaines respectifs de la terre et de la mer ; la ligne des nuages, entre l’eau du ciel et l’atmosphère que l’homme respire.
Mais à la lecture du Déluge, les avis divergent quant à savoir lequel de ces deux abîmes a submergé la terre antédiluvienne.

On pourrait considérer aujourd’hui le rivage comme une ruine de l’ouverture du Grand Abîme des Eaux par Dieu. Ceci expliquerait son irrégularité et la disposition incompréhensible des récifs qui le bordent

Dans tous les cas, le rivage apparaît comme un lieu de naissance voire de renaissance.
Miroir du monde où se mêlent dans un ordre fascinant les sédiments millénaires et les dépôts éphémères, ici plus qu’ailleurs, la richesse naît de la rencontre, de la confrontation.
A l’origine des temps, l’homme était un poisson, si l’on en croit la théorie scientifique d ‘évolution. Lorsqu’il a foulé la terre, l’homme a donc découvert le littoral.

Pour éviter la mort biologique, l’homme ressent le besoin de redécouvrir le littoral. Les rivages apparaissent comme les zones de respiration du corps social.
Albert Camus disait : « Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Où trouver la solitude nécessaire à la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure ? ». La grève devient un refuge qui s’offre au plaisir de la conversation ; subtil équilibre entre la retraite solitaire et la foule tumultueuse, espace de liberté nécessaire à la force, qui permettent à l’homme de retrouver son identité.
La silhouette ou seulement la trace d’un homme sur le vaste estran mouillé, lui donne l’impression de remonter aux origines de la vie.

La fascination du rivage

Si cette frontière imprécise entre solide et liquide attire tant, c’est certainement car tout au long de l’histoire, une chape d’images s’est installée dans les mentalités, faisant naître en l’homme une peur de la mer et du rivage.

Pour bien comprendre les lectures et pratiques nouvelles du paysage à partir des années 1750, il est nécessaire de bien comprendre l’établissement de ces représentations répulsives.

La Bible marque déjà profondément les représentations de la mer. Le récit de la Création et celui du Déluge imposent dans l’imaginaire collectif, la vision d’un « Grand Abyme », lieu de mystères insondables, masse liquide sans repères, l’image de l’infini et de l’insaisissable et où, à l’aube de la Création, flottait l’Esprit de Dieu.
L’inconnaissable est en soi terrible.
Il n’y a pas de mer au jardin d’Eden. Le paysage clos du Paradis ne saurait contenir une étendue liquide à la surface duquel l’œil se perd.
L’océan est presque comparable à la nature divine, en ce sens que vouloir pénétrer ses mystères est un sacrilège.

Dans le récit du Déluge, l’océan est tout bonnement présenté comme un instrument de punition ou encore comme relique de la catastrophe.
Il apparaît alors comme une sorte de récipient abyssal de détritus.

Dans l’ « Enfer » de Dante, les sables brûlants du désert et de la plage dessinent, avec le marais et la montagne acérée l’une des figures qui tapissent le Troisième Cercle et suggère le spectacle que se fait l’homme de l’estran, l’horrible désolation du fond de la mer, mis à nu par le reflux.

Dans la mythologie et la littérature classique, de nombreux épisodes contribuent à développer une vision effrayante du littoral.
C’est là que se tapissent les monstres, comme Charybde et Scylla, c’est la zone d’interférences entre divin, humain et animal, dans une dangereuse proximité. Le littoral est donc hanté par l’irruption possible du monstre, l’incursion brutale de l’étranger.
Le rivage est également le lieu de la découverte d’une étrange réalité, le théâtre de l’hésitation et des contraires, entre hospitalité et bestialité (l’apparition de Nausicaa et l’irruption de Polyphème par exemple).

Le littoral a toujours été un foyer perpétuel de créations imaginaires, de par son incessante métamorphose, la magie des reflets, la réfraction de milieu aérien par le miroir aquatique suggérant la réversibilité de l’univers. Le monde comme un jeu d’illusions.

Support des grandes aventures de l’humanité, qui a permis de découvrir tous les nouveaux mondes, territoire insolite qui incite à la rencontre de monstres marins et de nos imaginations débridées, la ligne de contact des éléments constitutifs du monde est aussi celle de leur affrontement, de leur folie. C’est là que le précaire équilibre qui s’établit entre eux risque de se défaire.


CONCLUSION

Guillemet est poète autant que peintre. A l’exactitude, se joint la pensée et le mouvement. Sa palette rayonne et la vigueur de son pinceau et de sa brosse le sert admirablement pour traduire les grandes impressions de la nature. Lumière changeante mais toujours subtile, toujours perceptible, même dans l’infinité des filtres, au jour le plus sombre des grains à l’horizon de la mer, il manie un compromis permanent, comme des miroirs assemblés.

Si l’auteur ici taille une part belle à l’estran plus qu’à la mer, c’est pour éprouver un univers de marge, sauvage et inquiétant. Un lieu d’étrange isolement.
Guillemet sonde avec une franchise admirable les mystères de la nature.
Sous un ciel chargé d’orage, l’hameau se découpe avec une extrême vigueur. Dans le lointain, la mer baigne la côte avec une vérité parfaite. Tous les tons, d’un coloris âpre et puissant se fondent dans une harmonie profonde et lumineuse.
Il y a dans ce paysage comme un drame de la création. On se sent pénétré d’une poésie intense.
Le mélange de matières, de couleurs sans cesse en mouvement réjouit le cœur et l’âme autant qu’il inquiète. Un sentiment de plénitude et de contemplation se dégage de la configuration des lieux, du relief, de la luminosité et du déferlement des vagues. Si parfois Guillemet semble faire écho à l’ultra réalisme de Zola, ici sans aucun doute il est question de l’éternité du monde, accompagnée de ses angoisses, ses peurs et son appréhension de l’infini, née de la confusion des éléments air, eau et terre.

« Homme libre toujours tu chériras la mer,
La mer est ton miroir
Tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. »

Les Fleurs du Mal, Charles BAUDELAIRE.


ANNEXES


BIBLIOGRAPHIE

« Antoine Guillemet, 1841-1918 », Peter Mitchell, John Mitchell & Son, London, 1998.

« Jean-Baptiste Antoine Guillemet, 1841-1918 », Peter Mitchell, John Mitchell & Son, London, 1981.

« Peintres du Nord en Voyage dans l’Ouest, modernité et impressionnisme, 1860-1900 », Presse Universitaire de Caen, Musée des Beaux-Arts de Caen.

« Tillbaka Till », Normandie, Nordiska konstnärer i Normandie, 1850-1900, Carlssons.

« Corot », Etude biographique et critique, Jean Leymarie, Skira.

« Hommage à Corot », Secrétariat d’Etat à la Culture, Editions des Musées Nationaux.

« Impressionists by the sea », John House, Royal Academy of Art.

« Désir de Rivage, de Granville à Dieppe, le littoral normand vu par les peintres entre 1820 et 1945 », Ville de Caen, Musée des Beaux-Arts, 1994.

« Esquisses peintes, moments anonymes, Normandie 1850-1950 », Musée des Beaux-Arts, Caen.

« Peindre en Normandie, XIXème et XXème siècle », Alain Tapié, Conseil Régional de Basse Normandie, 2001.

« Dictionnaire de la géographie », Pierre Georges, Presse Universitaire de France, 1993.

« La Divine Comédie, l’Enfer », Dante, GF Flammarion.


La Plage de Villerville
Jean-Baptiste Antoine GUILLEMET, 1876
(Œuvre et détails)

La Mer, 1871-1872
Gustave COURBET

Matelots sortant du port Saint-Valéry
Eugène ISABEY

P^cheur à Villerville, marée basse, 1862-1865
Eugène BOUDIN

Plage de Villerville, 1916
Karl DAUBIGNY