Collage

DESCRIPTION ET ANALYSE DES ENJEUX FORMELS ET THEMATIQUES DE L’INVENTION DU COLLAGE.

Le collage artistique est un art plastique dont on retrouve des traces à différentes époques de l’histoire des arts. En Europe, l’explosion créative du collage contemporain ne commence qu’en 1912 avec l’expérience cubiste de la technique du "papier collé", puis avec l’appropriation des Dadaïstes, suivie par l’avènement du Surréalisme.

Les expérimentations collagistes produisent des œuvres novatrices, défiant les règles de l’art traditionnel et exigeant des redéfinitions radicalement révolutionnaires quant aux idées, aux attentes et aux expériences à propos de l’art.

On peut distinguer deux étapes dans le processus de fabrication de l’œuvre collagiste.
Dans un premier temps, l’artiste puise et sélectionne au cœur de la réalité, il prélève, découpe, ampute. Parfois, le hasard de la trouvaille ou l’accidentel accompagne sa récolte. Déconstruction.
Dans un second temps, il assemble (sans être préoccupé par un ordonnancement pré-établi) et met en rapport (de manière conflictuelle) les pièces de ce puzzle. Il les juxtapose, les superpose, les mixe. Reconstruction.

Ainsi, le champ des matériaux de l’art est élargi à l’infini.
Tout élément existant, quelque soit son statut, ses propriétés, ses fonctions, son état..., peut désormais être intégré au processus de construction de l’œuvre d’art (ou se substituer à elle dans le cas des « ready-made » de Duchamp). Le règne des matières nobles est malmené. De même, les instruments de travail de l’artiste sont renouvelés et les savoir-faire trouvent une nouvelle place. La notion de métier est bouleversée. Le collagiste devient un nouveau genre de bricoleur. Les artistes se détournent des conventions admises et inventent, en toute liberté, un art à l’époque « scandaleux ».
Les critères habituels (imitation, harmonie, beauté, etc.) de reconnaissance et d’évaluation de l’art sont méprisés. La recherche sans contrainte du « Nouveau » et la confrontation directe avec la vie sont privilégiées.

Le collage artistique puise, au hasard des émotions, dans la réalité du quotidien, des images qui nous entourent, des éléments dissemblables, hétérogènes, afin de composer, de recomposer la trame de la réalité en la transformant et en la sublimant.

Les images découpées figurent les émotions intimes de l’artiste, révélant ses confidences intimistes. Les images, désordonnées, prises au fil de ses ressentis, de ses désirs, s’imbriquent entre elles jusqu’à ce que plus aucune brisure ne se devine.
Des images déjà vues créent une fresque unique reflétant son vécu, notre vécu.

Ainsi, les collagistes proposent aux spectateurs (non contemplateurs mais acteurs complices) de se confronter à de nouvelles configurations visuelles et mentales.
Les fragments participent à l’élaboration d’un « langage » en déséquilibre constant.

Un collage est en quelque sorte le reflet de soi. Le collage permet de se rendre compte de l’invisible, de le mettre en scène en combinant le visible avec le senti et le ressenti. Variante de la psychanalyse freudienne de l’époque.

Mais les fictions collagistes déploient des horizons de vie insoupçonnés.
Les œuvres de collage et de montage ne sont pas des natures mortes. Il s’agit, en visitant et en s’installant au cœur des ruines, de constituer quelques moments de vérité, comme une re-formulation continue d’images chocs. Un appel à la liberté.

Le collage est peut-être aussi tout simplement l’illustration parfaite de la créativité. Une construction, une production qui tend vers l’art afin de se rencontrer.

Juan GRIS
« Petit Déjeuner », 1914.

Peinture à l’huile sur toile, Crayon, Papier collé sur toile.

Le « papier collé » inventé par Georges Braque et Pablo Picasso en 1912 trouve une expression riche et complexe dans les travaux de Juan Gris. Conceptuellement, ses collages sont plus proches de la peinture que ne le sont les compositions de ses prédécesseurs. A leur différence, Gris couvre la totalité de la surface de la toile avec des papiers et de la peinture.

Ici, l’usage que l’artiste fait des papiers collés est très littéral.
Par exemple, les fragments imitant les nervures servent à délimiter certains contours de ce qui pourrait être une table.

Ses dessins, eux aussi fragmentés et souvent vus en plongée, qui viennent se superposer par-dessus les collages, se combinent avec ces derniers et créent une composition picturale beaucoup plus représentative que des œuvres de Picasso ou Braque.

Cependant, « Petit Déjeuner » reste plein de contradictions.
Le papier peint rayé en fond semble passer, presque même se renverser au travers de la table.
Certains objets comme le verre à gauche, une bouteille en haut à droite n’apparaissent que comme des présences fantomatiques. La tasse de café est disjointe. Le paquet de tabac quant à lui est peint très finement, presque en trompe l’œil et son libellé semble authentique.

Ainsi, alors que des aspects du confort domestique sont capturés dans cette image, Juan Gris soulève des questions tout autant objectives que subjectives quant à la perception de la réalité.

L’enjeu même de l’invention du collage.