Tania Mouraud

Etude de « City Performance n°1 », Paris, 1977, 1978 (Affiche sérigraphiée, 4x3 mètre) de Tania MOURAUD.

Sur cette photographie, on peut voir une grande affiche publicitaire sur laquelle sont inscrites deux lettres : « NI » (quoique le « i » puisse être considéré comme un « 1 »). L’affiche est placée au-dessus d’une barricade en bois (sorte de chantier), elle-même située entre des séries de blocs d’immeubles.

La barricade est constituée de plusieurs planches de bois délabrées, sur lesquelles sont placardées des affiches. Un peu plus en avant on distingue trois cônes et autres objets employés justement dans les chantiers de constructions.

La typographie très géométrique (pixellisée) employée répond totalement avec les formes de la ville environnante.
D’une certaine façon, on peut dire que Tania Mouraud se sert de l’endroit où elle expose et sous prétexte de jouer avec des affiches publicitaires, elle propose une nouvelle lecture de ce lieu.

Il convient de noter que « City Performance » de Tania Mouraud ne se limite pas à l’œuvre visible sur la photo mais est constituée d’un total de 54 affiches de 4 mètres sur 3 mètres réparties dans toute la ville de Paris.
On peut donc dire que l’artiste joue le jeu jusqu’au bout en travaillant sur la manière de repousser les limites des règles de la campagne publicitaire.
L’inscription « Dauphin » en haut du panneau publicitaire fait sans doute référence à l’afficheur, qui a dû servir de sponsor à la réalisation de cette œuvre urbaine.

Le mot « Ni » peut être compris comme une négation, une marque d’opposition aux produits de consommation que l’on affiche partout dans la ville. Elle donne à ses panneaux le statut d’une sorte de miroir réactionnaire renvoyant à tous les autres actes publicitaires.

Ce principe et le fait d’avoir éparpillé ces deux lettres un peu partout dans la ville forme une sorte de réseau. Et ce concept se fait à nouveau l’écho de l’environnement d’exposition, la cité urbaine, elle-même constituée de réseaux (ces réseaux évoqués dans « Mille Plateaux » de Deleuze et Guattari).

On comprend ainsi que le cœur de la réflexion de l’œuvre se porte sur la notion de perception. On peut trouver des analogies entre cette œuvre et le « Texte/Contexte » (1976) de Joseph Kosuth à Paris. Il avait installé une affiche sur un panneau publicitaire, qui agissait comme une attraction que l’on allait voir, reproduisant la démarche que l’on a en allant voir une œuvre dans une galerie. Cependant, là où Tania Mouraud innove par rapport aux travaux de Joseph Kosuth, Dan Graham ou encore Sol Lewitt, c’est en se servant de la répétition comme moteur même de son œuvre.
De plus, même si l’usage des affiches publicitaire peut paraître quelque peu convenu, elle montre bien que l’art conceptuel et minimal se préoccupe principalement de l’idée (« invasion » de la ville par l’œuvre) et non pas du médium.

Ainsi, si « City Performance » rentre dans le mouvement de l’Art Conceptuel (presque « contextuel » pourrait-on dire), l’œuvre à nouveau n’est pas unique. On peut la considérer du point de vue des affiches elles-mêmes, du point de vue de la photographie de la performance, mas surtout de la performance elle-même, dans laquelle le spectateur, le citadin trouve une nouvelle lecture de son environnement urbain.